Les grandes dates de l'histoire de l'Abergement
  • IXème siècle: Les LAYES, première partie habitée
  • Xème siècle: Le village s'agrandit. Il est appelé DORSENA
  • 1200: DORSENA change et devient L'ABERGEMENT SAINTE COLOMBE
  • 1500: Moulin (peut être moulin à vent) - beaucoup d'étangs
  • 1580: Premier boulanger connu
  • 1695: Epidémie - 37 morts
  • 1709: Hiver terrible, les arbres éclatent, 40 morts
  • 1745: Moulin à huile
  • 1747: Epidémie, 47 morts
  • 1800: Villargeault n'appartient pas à L'ABERGEMENT, ni FAUSSIGNY
  • 1832: ST CHRISTOPHE et L'ABERGEMENT sont réunis. Echec, séparation en 1836
  • 1928: Electricité
  • 1955: L'eau courante
Origine du nom des hameaux

LES LEYS Autrefois "LES LAYES" c'est-à-dire les zones défrichées. Ce hameau est certainement la première partie habitée de L'ABERGEMENT
FOICHOT Ce nom vient d'un nom propre. Une famille FOICHOT habitait cet endroit. On retrouve d'ailleurs dans des actes de notaire ce types de phase : "terrains vendus à M. ? FOICHOT de FOICHOT à M. ? FOICHOT de FOICHOT. Seuls les prénoms (?) faisaient la différence
FAUSSIGNY Provient d'un nom propre romain
Signalons en ce hameau une vaste maison du XVIIIème siècle à pans de bois réguliers hourdés de briques dont les deux pigeonniers encadrent une galerie malheureusement masquée
LE CHARMOIS De l'arbre le charme. Donc LE CHARMOIS serait un lieu planté de charmes
BOULLERAND De Boulle, forme du hameau et de Randa qui signifiait limite extrême par l'eau, frontière
L'ABBAYE DES BARRES Autrefois "Les Barres" puis les terrains ont été vendus à une abbaye, d'où le nom actuel 
VILLARGEAULT De VILLA signifiant domaine agricole chez les romains et peut être aussi de GEAULT signifiant "coq". Donc VILLARGEAULT signifiait peut être "le domaine habité par des gens fiers"

 

Origines de l'Abergement (lien)

Histoire de la paroisse (lien)

 

L'ABERGEMENT SAINTE COLOMBE OU UNE COQUILLE SAINT JACQUES COMME CLE DE L'HISTOIRE

 

Ce pays se confond en ses lointaines origines et jusqu'à la fin du XIème siècle avec Saint Christophe en Bresse dont il est partie intégrante et sous la domination de la famille de Saint Marcel. Guy, dit Rufin, Humbert et Roclen ses frères, fils du chevalier Dalmate, y sont pourvus de domaines divers.

Guy est possessionné à DORSENA. Au retour  d'un voyage en Espagne à Compostelle, d'où il rentre converti, il entreprend la construction d'une église placée sous le vocable de Sainte Colombe, sur laquelle, pour que nul n'oublie, il fait sculpter une coquille St Jacques. Il se retire ensuite au prieuré de St Marcel, suivi, peu après de son frère Roclen.

Du futur SAINTE COLOMBE                             

L'histoire de l'Abergement Sainte Colombe se confond, en ses lointaines origines et jusqu'à la fin du XIIème siècle avec celle de Saint Christophe dont elle est partie intégrante et toujours sous la domination de la famille prévôtale de Saint Marcel.

Les propriétés, dans cette famille, paraissent agglomérées, voir en indivis sur Servigny et partagées entre les divers membres collatéraux sur les autres finages de la prévôté. Sur l'emplacement de ce qui sera un jour une paroisse il y a, dominant tout, la forêt.

Nous sommes en 1092.

En cette fin de XIème siècle, on a la bougeotte dans ces maisons aristocratiques. Nous avons vu dans l'histoire de Saint Christophe, un de ses membres, Pierre Le Charbonnier partir pour Jérusalem et n'en n'être point rentré au moment où Guy Rufin se prépare à partir pour l'Espagne. Dans ce but, il met de l'ordre dans ses affaires et fait des dons à l'Abbaye de Saint Marcel.

Voici donc, traduit du latin, le premier texte concernant le futur Sainte Colombe.

Charte 115 - Carte de DORSENA et SERVIGNY (1092)
Sachent tous les fidèles, tant présents que futurs, qu'un chevalier du nom de Guy RUFIN, fils du Chevalier DALMATE, désirant aller en Espagne, a donné à Dieu et à Saint Marcel martyr, pour le soin de son âme et celle de son père, s'il mourait ou restait dans ses parties, un manse sis dans le domaine appelé DORSENA, avec tous ses appendices, dans le finage et dans les bois et dans les prés, et la moitié des enfants de Bernard DARSAELLUS, et il a donné Durand CAPONIS avec la moitié de ses enfants, et la terre où est la maison et douze journaux dans le domaine qui est appelé SERVIGNY, un parcours dans le bois, le tiers du pré qui est en gacoigne (labourable), un serf nommé BONET, neveu de THOMAS de SAINT CHRISTOPHE, et tant qu'il sera dans ces parties, les moines qui servent là recevront ses services pour la terre précitée.

La dernière ligne de cet acte (sous le règne de Henri roi des Alamans) demande une précision. Depuis 1034, date du traité entre le roi de France et l'empereur d'Allemagne, la rive gauche de Saône, autrement ditla Bresse Chalonnaise, partie du comté d'Auxonne, est sous la main mise de l'empire allemand mais reste sous la férule du duc de Bourgogne. Ce dernier a donc des comptes à rendre à l'empereur pour les territoires de "rive gauche" et au roi de France pour tout ce qui est "rive droite". En somme, le traité de 1034 nous remettait dans la même situation que le traité de 843.

En 1093, Guy RUFIN rendre d'Espagne complètement transformé. Non seulement, comme tous bons pèlerins de cette époque, il a fait le voyage de Saint Jacques de Compostelle, mais aussi il a découvert là-bas, sans doute passe-t-il par Barcelone et Saragosse, le culte envers SAINTE COLOMBE. A tous ceux qui veulent l'entendre, il raconte l'odyssée de la princesse de Saragosse fuyant son pays avec son compagnon SANCTIEN, son amie BEATE et le compagnon de celle-ci, AUGUSTIN. A Vienne (Dauphiné), la princesse se fait baptiser sous le nom de COLOMBE et le petit groupe poursuit sa route par Lyon - Mâcon - Autun, pour se rendre à Sens où les accueille une jeune communauté chrétienne. En274, l'empereur Aurélien passe par Sens où le groupe lui est dénoncé. Augustin, Béate et Sanctien seront condamnés au supplice. Aurélien hésite à faire subir le même sort à Colombe à cause de sa haute origine. Il préfère la laisser réfléchir, se fait tour à tour menaçant ou flatteur, lui promettant même une riche alliance. Rien n'y fait. Agacé par cette jeune beauté qui semble n'avoir que dédain pour lui et que rien ne pourra jamais fléchir, il lui fait trancher la tête, hors de la ville, à la première borne milliaire sur la route de Sens à Meaux, le 31 décembre de cette année 274.

Peut-être parce que princesse Aragonaise, le culte envers Colombe se développa immédiatement et se propagea en Espagne. En France, à Sens dès 620, un monastère se fonda sur son tombeau. Actuellement, cinquante trois localités françaises portent son nom.

Au terme de ses méditations, Guy RUFIN fera construire une église dans son domaine et la mettra sous le vocable de SAINTE COLOMBE. Il n'omettra pas d'y faire sculpter une coquille Saint Jacques pour rappeler aux générations futures les événements de 1092.

Le domaine, sans doute érigé en paroisse du jour où il eut une église, constitue le premier noyau d'un peuplement appelé à connaître une véritable évolution cent ans plus tard. Cent ans pendant lesquels tout est muet sur les habitants de SAINTE COLOMBE. Son église en bonne voie de construction, le Chevalier Guy prendra l'habit chez les moines de Saint Marcel (Charte 116) où le rejoindra son frère Roclène (Charte 117).

L'église enfin terminée, l'étendue de la paroisse délimitée, il paraît probable qu'aucun cimetière ne fut créé sur la zone d'habitats et que l'on dut continuer à se servir d'un cimetière préexistant. Un chemin partant du bourg, pour aller se perdre dans les champs de BOULLERAND, porte le nom significatif de "Chemin du Paradis", alors que, dans le hameau cité, une terre est l'aboutissant de ce chemin et s'appelle "Champ du Paradis". Au moyen-âge, les "Paradis", "Champ du Paradis" étaient en effet des cimetières.

Le chevalier HUMBERT était resté seul pour gérer la propriété. Que deviennent ses descendants, si toutefois il eut des descendants ? Sauront nous jamais pourquoi, au début du XIIIème siècle, SAINTE COLOMBE appartient, en partie, au chapitre de l'abbaye SAINT MARTIN DE TOURS. Les moines appellent cette terre "leur terre de Bresse". Les moines de SAINT MARTIN DE TOURS n'étaient pas tout à fait des inconnus dans la région. Ils possédaient la ville de MELLECEY (canton de GIVRY) depuis au moins l'an 774 où elle figurait dans les biens de SAINT MARTIN dont les revenus étaient spécialement affectés à l'entretien des moines. En 877, Charles LE CHAUVE octroie aux frères licence de bâtir à MELLECEY un monastère et une chapelle. Les propriétés dépendant de la collégiale, constituées en prévôtés étaient, au XIIIème siècle, au nombre de 15, dont la "terre de Bresse".

En 1205, la réputation que s'était acquise EUDES III, duc de Bourgogne, lui mérita une distinction honorifique qui n'était accordée qu'à quelques puissants princes. Le chapitre SAINT MARTIN DE TOURS le nomma chanoine de son église, lui demandant de prêter le serment que prêtent les chanoines. Un document de 1308 montre que les successeurs d'EUDES III ont contracté les mêmes obligations et reçu les mêmes privilèges. Au temporel, ils bénéficient de la prébende canoniale, au spirituel, la communauté assure un service anniversaire après leur décès. Avant1215, l'abbaye de SAINT MARTIN et le duc de Bourgogne contractèrent un traité de pariage en vue de fonder un nouvel établissement d'habitats et de cultures sur le territoire de SAINTE COLOMBE. Ici, le titre canonial du duc représentant la contrepartie du droit de garde qu'il assurait sur le village en formation. En France, ces fondations nouvelles furent appelées "ABERGEMENTS".

En mai 1215, le doyen et le chapitre de TOURS reconnaissent que le duc de Bourgogne, EUDES III exerce le droit de garde sur leur terre de Bresse sans pouvoir s'en dessaisir au profit d'un autre. Courtépée, dans sa description du duché de Bourgogne, dit que Philippe LE BON donna l'église de l'ABERGEMENT SAINTE COLOMBE à SAINT MARTIN DE TOURS. La vérité est autre. A cette époque, le duc délaisse son droit de garde et sa prébende à l'abbaye de SAINT MARTIN, qui détient, cette fois, sa terre de Bresse en toute justice. Philippe LE BON fut, en effet, le dernier duc de Bourgogne à porter le titre de chanoine du chapitre de TOURS.

Pour faire un nouveau village, il fallait que les seigneurs fondateurs attirent et installent des colons sur les emplacements choisis. Le travail devant être dur et le rendement non immédiat, il leur fallait offrir des privilèges et des franchises d'importance : fixer les charges des termes à naître à des taux aussi bas que possible, leur procurer de quoi se construire une première demeure provisoire, leur fournir de l'équipement, les encadrer pour les travaux collectifs. Que l'on songe bien à la somme de travaux que durent effectuer ces nouveaux arrivants : défricher des portions de forêts, faire des terres cultivables, aménager les terrains marécageux, creuser des étangs, construire un moulin, tracer des routes, monter un four, etc... D'où venaient ces nouveaux colons ? On ne le saura peut-être jamais ! L'examen des plus anciens patronymes trouvés n'est d'aucune indication. La façon de distinguer les personnes en leur attribuant un prénom et un sobriquet. Sobriquet qui aura toute chance de devenir patronyme. L'emplacement choisi pour la nouvelle implantation fut sans doute le hameau de FOICHAULT, s'écrivant aussi FAICHAULT - FACHAULT selon l'humeur des clercs, au cours du temps. Primitivement, la nouvelle terre se nomma bien l'ABERGEMENT et on accola ce nom à celui de la paroisse SAINTE COLOMBE.

Le duc de Bourgogne ayant le droit de garde dut installer un régisseur qui se bâtit une demeure en cet endroit. On peut penser que les premiers portaient le patronyme de FOICHAULT - FAICHAULT ou FACHAULT puisque leur nom est resté attaché à ce hameau. Ils firent souche dans le pays, essaimèrent à partir du XVème siècle et leur nom disparut au cours du XVIIème siècle. LABERGEMENT est cité en 1234, dans une donation que fit à l'abbaye de MOLAISE, GUERIN, du dit ABERGEMENT, de deux pièces de pré situées entre les prés des BARRES.

Nous avons dit plus haut que le chapitre SAINT MARTIN ne possédait seulement qu'une partie de SAINTE COLOMBE. Les terres de TIRECHAT orthographié aussi TIRECHAPT étaient restées à la famille de SAINT MARCEL. En 1231, Hugues de SAINT MARCEL donne à MOLAISE une terre pour six bœufs (ce que six bœufs peuvent labourer en un jour), un pré et un bois enla TIRECHAPT. Unautre territoire faisait partie de SAINTE COLOMBE : LES LEYS. Au cours du temps, l'orthographe en est variante : LAHY, LAYES, LAYIER, LES LAYIERS. En ancien français, LAYE signifiait forêt. Les layiers étant les portions de forêt défrichées et rendues à la culture. Un premier défrichement dut se faire très tôt puisque bien avant 1500 on nomme "les vieilles layes" ou encore "petit layer" en opposition à layier qui fut une implantation plus tardive et plus conséquente. Les territoires des LEYS et de TIRECHAT appartinrent toujours à différents seigneurs, par don, par achat, par héritage, par partage. Les intérêts en furent imbriqués à un tel point qu'il fallut au début du XVIIème siècle un jugement pour les départager. Plus tard, lorsque le chapitre de SAINT MARTIN reprit la garde sur sa terre de LABERGEMENT SAINTE COLOMBE, il dut installer un pied à terre à CHARMOY et pour signe de sa seigneurie bâtit un pigeonnier sur le domaine.

LABERGEMENT SAINTE COLOMBE - 1490 CHERCHE DES FEUX

Feux cinquante. Hommes de SAINT MARTIN DE TOURS. Ce qui prouve que, même à la fin du XVème siècle, LABERGEMENT avait encore un statut privilégié et entendait bien le garder.  Le XVIème siècle verra se multiplier le nombre et la variété des actes notariés. On ne fait pratiquement plus rien sans le secours du notaire. Cette abondance d'achats, de ventes, d'échanges, de contrats nous restitue une façon de vivre dans laquelle la peur d'être lésé tient une grande place.

Quantité d'actes notariés ont trait à des ventes, échanges ou amodiations d'étangs. Ceux-ci paraissent particulièrement nombreux sur le territoire encore que, certains, au cours du temps, aient changé plusieurs fois de dénomination, ce qui en diminue le nombre. En voici quelques-uns :

E 1288

Année 1525

Etang et moulin RAGUILLET

E 1101

Année 1551

Vente de l'étang de la SAORN

E 1379

Année 1583

Etang du TARTRE. Le Tartre n'avait que deux feux

E 823

Année 1588

L'étang du ROMBY

E 1379

Année 1584

L'étang des PREBSTRES, joignant de matin es marronniers dudit CHARMOY

E 1380

Année 1590

L'étant neuf et l'étang vieux au meix MARTIN. Meix MARTIN était alternatif une année de LABERGEMENT, une année de TRONCHY

 

LA PAROISSE,LA VIE COMMUNAUTAIRE

Il est entendu que les familles aisées de LABERGEMENT ont dirigé leurs enfants vers le notariat bien plus que vers l'état ecclésiastique. Tout au plus pouvons nous trouver deux prêtres originaires du pays et un autre originaire de CHATENOY, paroisse de SAINT CHRISTOPHE. Un autre enfant du pays, silvain JAILLOUX mourut jeune, à 26 ans, et ne paraît pas avoir été nommé à aucune cure. Il n'est pas impossible, toutefois, que des enfants de LABERGEMENT ayant fait quelques études se soient dirigés vers l'état ecclésiastique et se soient vu attribuer la cure avant le milieu du XVème siècle. Dans les cas d'une paroisse appartenant à une abbaye, les curés étaient nommés par l'évêque du diocèse duquel dépend cette paroisse, sur présentation de l'abbé du monastère. Ainsi, l'abbé de SAINT MARTIN DE TOURS présentait son ou ses candidats à l'évêque de CHALON et celui-ci nommait à la cure de LABERGEMENT. Ce n'est que dans la seconde moitié du XVème siècle que les noms de quelques uns de ces ecclésiastiques nous sont connus par les actes notariés. Souvent, dans les périodes de vacances, pour cause de mort ou de maladie, des cordeliers de CHALON firent des remplacements.

Année 1455 : Philippe FEBVRE, curé de LABERGEMENT (E.1088)

Année 1455 :Guillaume KONRY, prêtre, est témoin dans une donation faite à l'abbaye SAINT MARTIN par THEVENOT, des LAYES (E.1088)

Ces deux-là paraissent originaires du pays. Les FEBVRE et les KONRY habitent LABERGEMENT.
En 1517, le 21 juin, Jean JENTOT est vicaire (E.1098). 12 ans plus tard, il est dit "curé" et achète de la terre à Claude, relicte de Pierre MONOT (E.1109)

Messire Etienne PIERRE, vivant à LABERGEMENT en 1539 est originaire de CHATENOY (E.1109).

Guillaume BAILLET, en 1542, en plus de la cure de LABERGEMENT, est chapelain de la chapelle de CHATEL-MORANO, en l'église de SAINT GERMAIN DU PLAIN, c'est-à-dire chapelain des seigneurs de SAINT GERMAIN et, dans le même temps, habitué en l'église cathédrale de SAINT VINCENT de CHALON. Ses postes sont donc multiples et Etienne PIERRE que nous trouvons 3 ans auparavant pourrait bien être vicaire (E.929).

Il y a fort longtemps que Claude MACARD est curé de LABERGEMENT lorsqu'en 1584 et 1586 il commerce avec les gens du pays, louant l'étang des PREBTRES à Benoît MORAIN, de CHARMOY ou laissant à bail et ascensement perpétuel une "LINIERE" (culture de lin) donnant sur l'étang de FACHAULT, à Clair BINEDAULT, et de 5 sols pour MORAIN (E.1379.T.2 - E.1380.T.1).

Sébastien RICHARD, docteur en théologie, chevalier de l'ordre de SAINT LAZARE, est certainement installé au pays depuis plusieurs années lorsqu'on l'y trouve signant le premier cahier paroissial en 1664 (cahiers paroissiaux). L'ordre de SAINT LAZARE était un ordre militaire et religieux fondé vers 1120. Il avait été réuni 56 ans auparavant (1608) à l'ordre de N.D. du MONT CARMEL.

En 1671, nous trouvons François DELA MAITAIRIE. Onne connaîtra pas la date exacte de son arrivée à cause du manque de cahiers paroissiaux entre 1666 et 1670. Celui-ci installe près de lui son frère Jacques et assure l'éducation de son neveu Antoine. Antoine DELA MAITAIRIEsera titulaire de la cure de SAINT CHRISTOPHE EN BRESSE, en 1700, et prendra la succession de son oncle François vers 1704 ou 1705 à LABERGEMENT. De santé fragile, il sera souvent remplacé vers la fin de l'année 1707. Peut-être est il décédé au début de l'année suivante. On ne trouve plus, au bas des actes, que la signature de SYMONOT, puis FAUVEL en 1709, BRUNO et VALLETAT, 1710, MENARD en 1711. On ose espérer que Messire  FAUVEL résida à la cure de LABERGEMENT en l'année 1709 et que les cordeliers ne lui demandèrent point son retour journalier au monastère.

Le 26 octobre 1711, Jacques BRUNET, prêtre du diocèse de BESANCON, prend possession de la cure par devant Germain JAILLOUX, notaire royal qui en dresse l'acte et Jacques CHAVILLOT curé de SAINT CHRISTOPHE. Guillaume GICQUEL, Jean REBILLARD, Jean CIRI et plusieurs habitants sont témoins. Que se passe-t-il, départ, maladie ou décès ? Dès l'année suivante, il est remplacé par Jean PERREAUD qui restera là pendant 21 ans.

Agé et fatigué, le curé Jean PERREAUD fut secondé vers 1730 par un suppléant, jeune encore, qui serait à son départ son successeur, Louis MAILLET. Aussi lorsque le 1er mars 1733, s'éteignit après une très courte maladie le vieux pasteur de 79 ans, il n'y eut pas de cassure. Le lendemain, il fut inhumé dans son église en présence de Guillaume CHEVOT, curé de SAINT CHRISTOPHE, de Maître BOSSON, curé de LESSARD et, bien entendu, de tous les habitants de LABERGEMENT. Le dernier acte de ce vieillard, sa dernière signature dataient du 21 février où il avait fait le baptême de François, fils de Pierre CHARLES et de Claudine LAMBERT.

C'est à peine si l'on ose écrire "la vie continue". Bien sûr elle continue, mais de quelle façon ! Louis MAILLET se trouvera confronté avec les années d'épidémies, 1740 - 1747 - 1748 - 1749. Il a 62 ans en 1747 où il devra assumer 45 enterrements, dont 13 au mois de septembre. Comme toute la population il en restera anémié et ne s'en relèvera jamais. Le 29 septembre 1752, c'est un vieillard complètement usé, malade depuis le mois de juin qui s'éteint. Lui aussi on l'enterrera dans l'église. On y enterrait tous les curés. Les témoins furent : Emiland PETIOT, aubergiste, Noël JAILLOUX, marchand et Claude GROSBOIS, laboureur. Un desservant, GENETET, assurera les affaires de la paroisse pendant un mois et, àla Toussaint, les habitants de LABERGEMENT firent connaissance avec leur nouveau pasteur, Pierre JAN, dit THOMAS. De Toussaint 1752 à avril 1792, Jean THOMAS exerça son ministère sans interruption. Il se vit, en cette deuxième moitié du XVIIIème siècle, entouré d'une nombreuse génération, jeune, solide et donnant très vite dans les idées nouvelles qui fusaient de partout.

La nouvelle route de CHALON à SAINT GERMAIN DU BOIS, tracée en 1777, coupant en deux portions le village des LEYS, voyant se bâtir en ses bordures de nombreuses maisons, principalement aux PLATTES qui reçut même un nouveau relais de poste, changea quelque peu les façons de vivre. C'est sous le pastorat de Jean THOMAS que la communauté s'aperçut qu'église, presbytère, ponts, tout avait besoin d'agrandissement ou de réparations. On parlait aussi de construction. Toutes ces idées il fallait les mûrir, les ordonner, trouver l'argent pour les réaliser. On regardait l'église, nef trop exiguë, mal éclairée par d'étroites fenêtres à peine ébrasées à l'intérieur, ressemblant à des meurtrières. On la savait vieille mais nul n'aurait pu dire son âge. A l'intérieur, on continuait d'y inhumer les gens pieux, les personnes aisées, les fabriciens et son sol était souvent fouillé. Une petite chapelle dédiée à SAINT MARTIN y prenait de la place. On serait tenté de penser que ce qui est appelé "chapelle" dans les cahiers paroissiaux pourrait n'avoir été qu'un autel servant aux membres de l'abbaye de SAINT MARTIN en visite dans la seigneurie. Mais lorsque les curés écrivent et précisent que : Jeanne PILLOT a été inhumée "en" la chapelle SAINT MARTIN, en 1680, ou encore en 1711, le 15 juin, Jeanne DUBUY, femme de François ROBERT, des COTTINS, a été inhumée "dans" la chapelle SAINT MARTIN, nous sommes assurés d'une chapelle, si petite soit-elle. Relevons bien ces précisions car, par ailleurs, les curés écrivent "inhumé dans l'église" ou encore "inhumé sous le chapiteau".

(C.79 dossier complet). C'est le 4 février 1787 qu'eut lieu une réunion de la communauté pour convenir des travaux à exécuter à l'église, au presbytère et aux ponts. La demande en fut présentée à la chambre des comptes de DIJON, qui délégua, par les soins d'Antoine GIRAULT, subdélégué de Bourgogne et Bresse à CHALON SUR SAONE, le sieur CHAZAULT, architecte à CHALON, pour reconnaître l'état des travaux à effectuer. Cette reconnaissance fut faite le 28 juin. Y assistaient l'architecte, le curée Jean THOMAS, Antoine GAUDILLAT, échevin en exercice cette année là, les propriétaires forains et plusieurs habitants du pays. Certains travaux furent différés : la construction d'une maison rectorale, la construction de 4 ponts, la construction d'un bûcher au presbytère. D'autres furent déclarés nécessaires et indispensables :

  1. Construction de deux chapelles colatérales pour l'agrandissement de la nef de l'église
  2. Construction d'un nouveau clocher dans l'emplacement du chapiteau qui sera démoli ainsi que l'ancien clocher placé près du pignon de la nef, lequel est dans un état de ruine qui ne permet pas de la laisser subsister
  3. Reconstruction du beffroy
  4. Construction de deux vitraux pour mieux éclairer la nef
  5. Réparations à la sacristie
  6. Réparations à la clôture du cimetière
  7. Reconstruction du cabinet des latrines au presbytère
  8. Construction de 6 ponts en pierre dans les rues du village.

Et puisque nous en sommes à parler de l'église, amis, cherchez donc la coquille Saint Jacques. Depuis 1752, Pierre Jean THOMAS parcourt son village en tout sens, portant le réconfort à chacun. L'âge, le travail, les bouleversements dans la cité, les idées nouvelles qui en font chanceler d'autres établies depuis des siècles, tout contribuera à vaincre cette robuste personnalité. En juin 1791, il s'alite et ne reprendra jamais ses fonctions ecclésiales. Le curé DARCIER, de GUIERFAND le remplacera jusqu'à son décès arrive le 15 avril 1792. Il fut inhumé le lendemain. Tous les curés des environs assistaient aux obsèques de leur doyen. Tous les habitants de LABERGEMENT, en pleurs, apportèrent leur dernier au revoir à celui qu'ils avaient côtoyé pendant 40 ans et qui avait été le confident de leurs joies et de leurs peines.